/image%2F0902697%2F20260905%2Fob_71ef48_l-ile-ou-je-ne-suis-pas-morte.jpg)
Eileansay, c’est l’ile minuscule des Hébrides dans laquelle a grandit Daisy Rose, avec ses deux frères ainés Elliot et Liam. A peine une centaine d’habitants, une mère qui élève des moutons et un père, unique policier de l’île, Daisy a été si heureuse pendant 17 ans dans ce petit cocon isolé des turpitudes du monde, jusqu’à la « Chose ». Un drame qui a marqué sa vie et sa chair et dont elle n’est toujours pas remise, tant d’année après. Elle revient aujourd’hui dans l’île à l’occasion de la mort de son père et avec ses frères, elle essaie de trouver la force de solder les comptes avec cette maison d’enfance, cette île, ce drame qui annihila tout en quelques minutes.
Quel plaisir de retrouver Marie Neuser, après plusieurs années sans nouveau roman ! Avec « L’Ile où je ne suis pas morte », elle nous raconte à la première personne les quelques jours de Daisy Rose, de retour sur cette minuscule île écossaise à l’occasion de la mort de son père. L’intrigue ne tiens que sur une poignée de jour, de son arrivé au jour de l’enterrement, et réside essentiellement dans le nettoyage et le vidage de la maison d’enfance, qu’aucun d’entre eux ne veut conserver. Toutes ces démarches, tout ce nettoyage par le vide est l’occasion de souvenirs, de comptes à régler, de réponses à obtenir. C’est un voyage psychologique dans un esprit traumatisé que nous propose l’auteure. Alors effectivement, il ne se passe pas grand-chose à proprement parler, « L’île où je ne suis pas morte » n’est pas un thriller haletant ou un « page-turner » avec un coupable à trouver. La vérité, c’est que très vite on devine ce qu’est « La Chose » et que assez vite aussi, plus vite que la pauvre Daisy, on comprend qui a fait quoi et pour quelle sombre raison. Il n’y a pas de suspens, pas de rebondissements, pas de coups de théâtre. C’est un roman noir psychologique en forme de chemin vers une sorte de rédemption. La famille de Daisy était magnifique sur la papier et dans ses souvenirs d’enfance, une mère très belle qui élève tendrement des moutons, un père représentant de l’ordre dans un magnifique uniforme, un grand frère fort, un frère cadet protecteur et elle, petite dernière chouchoutée. Mais cette belle façade va d’abord se lézarder pour exploser au fil des chapitres. Avec son regard d’adulte traumatisé, Daisy regarde sous un autre angle, ses frères avec elle, et la réalité lui apparait bribes après bribes dans toute sa laideur, sa cruauté et sa mesquinerie insupportable. Et pourtant, si c’était cette vérité crue et vilaine qui pouvait l’aider à enfin redresser la tête ? Voyage post traumatique, parfois un peu éprouvant à lire mais parfaitement limpide dans la progression du parcours intérieur de Daisy, le roman de Marie Neuser peur souffrir ici et là de quelques longueurs et quelques redites, et pourrait décevoir les amateurs de polars trépidants avec intrigues tordue à la clef. Ici, c’est autre chose qu’elle propose et si on est prêt à faire avec Daisy un petit bout de chemin vers la lumière, alors on peut l’accompagner car au final, en dépit de la noirceur du livre, « L’ile où je ne suis pas morte » nous offre une jolie fin, comme un rayon de soleil tant espéré après une interminable grisaille.