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Spécialiste en météorologie et colonel de l’armée britannique, James Stagg est convoqué au quartier général d’Eisenhower, ce 1er juin 1944. Sa mission est simple en théorie mais incroyablement difficile en réalité : prévoir le temps du 5 juin 1944 de façon suffisamment certaine pour déclencher (ou pas) le Débarquement. Ses premières observations sont terriblement pessimistes, et ne correspondent ni prévisions de son homologue américain, ni à ce qu’a envie d’entendre le haut commandement allié.
Du Débarquement du 6 juin 1944, je pensais que le cinéma mondial avait fait le tour en presque 80 ans. Filmé du coté allié, du coté allemand, du coté de la résistance française, filmé du point de vue du commandement militaire, des simples soldats, des politiques, des normands occupés, filmé au niveau des plages, de l’arrière pays, des bunkers, étalé une seule journée, sur 10 jours, sur une seule nuit… Et pourtant il restait un aspect qui n‘avait pas encore été mis à l’honneur : la météo. Le réalisateur Antony Maras avait un vrai défi devant lui, proposer un film bourré de données scientifiques, de cartes et de chiffres, sur une unité de lieu et dont l’issue, on le sait tous, est sans aucun suspens. Adapté d’une pièce de théâtre, pour changer, « Pressure » a la bonne idée d’être ramassé sur 1h40, d’être parfaitement rythmé pour ne jamais faire baisser la « pression » et surtout d’être intelligible pour les néophytes en météorologie que nous sommes quasiment tous. Coloré d’une musique un peu trop envahissante mais néanmoins très agréable à l’oreille, le long métrage a été filmé dans une campagne anglaise baignée de soleil (au début), dans un château anglais qui fait furieusement penser à celui de « Downton Abbey ». Même si on peu regretter quelques facilités, quelques scènes un peu hollywoodiennes (la dualité vieux monde/nouveau monde est presque caricaturale parfois), force est de constater que « Pressure » est plutôt une bonne surprise à laquelle, je le dis, je ne m’attendais pas vraiment. Aussi peu glamour sur le papier soit-il, le film d’Antony Maras passe comme un éclair et l’intérêt de faiblit pas, de la première à la dernière scène. Même quand on croyait tout savoir du D-Day, on apprend des choses. C’est le mérite numéro 1 du scénario, il apprendra à ceux qui ne le savent pas encore que le débarquement était prévu le lundi 5 juin au matin, qu’il s’en ait fallu de rien pour qu’il soit déclenché en pleine tempête et tourne au désastre sans même que les allemands aient à tirer une seule balle ! Le film évoque aussi l’opération « Tigre » très mal connue. Quelques semaines avant le D-Day, une répétition du Débarquement à balle réelle, en Angleterre, tourna à la boucherie, et failli là encore tout remettre en cause au dernier moment. Le scénario a un autre grand mérite : il expose clairement les enjeux de l’expertise météo. Une mauvaise évaluation et l’opération tourne au désastre, et le revers pourrait être définitif pour les opinions publiques alliées. Un report de plusieurs jours et les allemands seront de plus en plus nombreux sur les plages, un report de juste quelques jours et des fuites d’informations sont possibles, faisant là encore tout capoter. Y aller ? Ne pas y aller ? L’expertise de Stagg est au centre de tout. Et le pauvre se retrouve coincé entre les autorités militaires terrestres, aériennes, et maritimes dont les critères ne se juxtaposent pas forcément. Tout cela est expliqué de façon limpide, et Antony Maras parvient à distiller une tension alors même que nous savons tous comment tout cela à fini. Reste les scènes finales de Débarquement, quelques minutes de violences pures dont je ne sais pas bien si elles étaient indispensables, car sur ce point là précisément, Spielberg a « plié le game » depuis bien longtemps. C’est le comédien Andrew Scott qui tient le rôle de Stagg et il est vraiment très bien, tout comme Kerry Condon, Chris Messina et Damian Lewis, que ça fait tout drôle de revoir dans ce contexte après « Band of Brothers ». Mais c’est Brendan Fraser dont je voudrais surtout parler, dans le rôle de Dwight D. Eisenhower. On a longtemps sous-estimé cet acteur, moi y compris, or ici il est impressionnant de charisme et de complexité. Sur le papier on se dit que non, ça ne va pas le faire. Or ça le fait carrément, y compris physiquement. « Pressure », titre à double sens s’il en est, est un film surprise, sorti un peu en catimini, il mérite pourtant le détour car on croyait déjà tout savoir sur le 6 juin 1944, et on avait tord.