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Enfant non désiré, maltraité par sa mère, il est devenu éboueur. Mentalement très perturbé depuis que sa mère a essayé de le noyer dans une piscine remplie d’eau croupie, « l’homme qui nettoyait » vole des poubelles, examine leur contenu et choisi ainsi méticuleusement les femmes qu’il va assassiner. Un jour qu’il vide les poubelles municipales du côté du lac de Côme, il aperçoit une jeune adolescente sur le point de se noyer et, sans réfléchir aux conséquences, il la sauve avant de disparaître. Se noue alors entre la gamine fragile et l’homme qui nettoyait une relation étrange qui le déstabilise encore un peu plus.
Tiré d’une histoire vraie (on l’apprend en postface), « Je suis l’Abysse » est peut-être le roman de Donato Carrisi le plus accessible. En effet, l’intrigue peut paraître un peu déstabilisante mais en réalité, dans sa construction elle est bien plus claire que les autres romans de l’auteur que j’ai pu lire jusqu’ici. L’intrigue est construite autour de deux personnages jamais nommés autrement que « L’homme qui nettoyait » et la « chasseuse de mouches ». Le premier est un tueur en série à tendance schizophrène qui n’en finit pas de régler ses comptes avec une mère maltraitante, la seconde est une mère de famille qui traque inlassablement les hommes coupables de violences conjugales. Eu milieu des deux personnages il y a une gamine en souffrance, elle aussi victime des hommes, que l’on surnommera « Fuck » pour une raison incongrue. Ce sont donc trois portraits qui se dessinent, trois souffrances qui se heurtent et s’entremêlent et qui se retrouveront dans une scène finale cathartique. « La chasseuse de mouches » enquête sur le dernier crime de « L’homme qui nettoyait », qui lui-même cherche à approcher la jeune Fuck, perturbé par le fait d’avoir sauvé une vie au lieu d’en supprimer une. Et l’adolescente suicidaire de rechercher son sauveur, sans se douter qu’elle devrait plutôt le fuir. Il y a un petit coup de théâtre quant au personnage de la chasseuse de mouches, à la fin du roman, un petit retournement malin et qui m’a surpris. Le fil rouge du roman, c’est la violence des hommes sur les femmes, qui s’expriment de façons différentes (le viol, le meurtre, les violences conjugales) mais qui ont la même matrice, la même depuis 2000 ans. Même si l’homme qui nettoyait est lui, de prime abord et dans la préface, victime d’une mère indigne, on comprend bien plus tard que c’est bien la violence des hommes sur les femmes qui en est malgré tout, quoi qu’on en dise, à l’origine. Le sujet est peut-être un peu éculé désormais aux yeux de certains mais il suffit de regarder les infos pour comprendre qu’il n’en est rien., il n’y a pas plus intemporel et plus actuel que la dénonciation de que ce que la moitié de l’humanité fait régulièrement subir à l’autre moitié. « Je suis l’Abysse » (le titre n‘est pas génial) est un roman astucieux et assez original dans sa construction, pertinent sur le fond et qui constitue une bonne porte d’entrée dans la bibliographie de cet auteur à succès.