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Floride, 1976 : Sérieusement blessé alors qu’il était en service, Garett Nelson ne n’est plus apte reprendre son métier de shérif adjoint. Lui, l’homme solitaire doit se réinventer et c’est sa kinésithérapeute qui lui parle pour la première fois de la prison Southern State, une prison au milieu des marécages. Son père et son frère y travaillent et Nelson, habitué aux rudiments du maintient de l’ordre, pourrait y trouver un nouvel emploi. Il est effet rapidement embauché et découvre, de l’intérieur, l’enfer des Everglades.
« Everglades » n’est pas le premier roman « Carcéral » de R.J. Ellory. Je me souviens avoir lu y a quelques années « Papillon de Nuit », un gros pavé qui racontait la prison et le couloir de la mort, mais du point de vue d’un détenu. Ici, c’est la prison des années 70 vu du côté des gardiens. Ce gros pavé de presque 450 pages se lit très facilement car après une longue introduction (la blessure, la rééducation de Garett Nelson) nous entrons avec lui dans une prison qui comporte 3 quartiers. Nelson va tous les connaitre : la population générale (pour les petits délits et les courtes peines), les longues peines et le couloir de la mort. Car en 1978, la peine de mort vient d’être rétablie en Floride et cela est au centre du récit. Il y a deux intrigues principales dans ce roman : une émeute qui tourne mal au milieu du livre (mais je n’en dit pas trop) et l’histoire assez déchirante de Clarence Whitman. Ce jeune homme condamné à mort, silencieux et refusant obstinément, depuis le premier jour, de s’expliquer et de se défendre, intrigue Nelson qui cherchera à comprendre son histoire. Il y a également deux exécutions évoquées longuement dans le roman. Ces chapitres là sont éprouvants car si les deux se déroulent de façon un peu différente, elles laissent la même impression de cruauté. Les personnages du roman ne sont pas contre la peine de mort, apparemment pas grand monde ne l’est à l’époque en Floride (pour peu que cela ai changé aujourd’hui, ce dont je doute fort). En revanche, l’aversion de l’auteur pour la chaise électrique et la mise à mort d’une manière générale saute aux yeux. « Everglades » est aussi le roman de la renaissance d’un homme. Avant sa blessure, Nelson était un solitaire, il trainait une enfance difficile comme un boulet et ne vivait que pour son travail de shérif adjoint. A la fin du roman, il a trouvé une famille, et aussi quelque part une conscience politique, des convictions forgées à Southern State dans ce couloir de la mort. On a l’impression que pour lui, la vie commence réellement à la fin du livre, comme si ce passage dans cette prison avait ouvert son esprit et son cœur. C’est sans doute un peu paradoxal comme idée, mais elle tient la route. C’est un personnage attachant, et celui d’Hannah (sa kiné qui devient son amoureuse) encore plus. Hyper dure (et cinglante) au début, elle se révèle en réalité une femme d’une grande intelligence et d’une grande sensibilité, c’est elle qui change la vie de Garett Nelson, au même titre que la prison. Le roman de déroule à la fin des années 70, pendant la Présidence Carter, et l’on sait bien ce qu’il adviendra de la Floride et des Etats Unis dans les années 80. Avoir campé son intrigue à cette période charnière n’est pas anodin, car c’est le chant du cygne d’une certaine idée de l’Amérique qui est ici dépeinte. « Everglades » est un roman réussi, et aussi c’est un roman engagé contre la peine de mort, que je recommande chaudement.