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Un point c'est (pas) tout

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Le coin des livres : La Renverse

Publié par Christelle Point sur 23 Décembre 2025, 16:27pm

Il  y a 10 ans, alors qu’il était en terminale, la vie d’Antoine a volé en éclat. Sa mère, conseillère municipale (droite catho) s’est retrouvé au cœur d’un scandale sexuel d’ampleur nationale, impliquant également le maire, Jean-François Laborde, un homme politique très en vue et, à l’époque, secrétaire d’État. Scandale, adultère, complot politique, garde à vue, confrontations, rumeurs, insultes, tout a heurté Antoine de plein fouet et a fait bifurquer sa vie sur une sorte de voie de garage où il se trouve encore à l’aube de la trentaine. L’annonce aujourd’hui du décès accidentel de Laborde sera-telle l’occasion d’un nouveau tournant dans sa vie ?

Ceci n’est pas un roman à clef, Olivier Adam le précise très opportunément dans sa préface. Heureusement car la tentation aurait été grande de chercher à reconnaître tel ou tel homme politique au fil des pages. Car ce qu’Olivier Adam décrit ici, à la première personne comme d’habitude, c’est la déflagration que subit l’entourage lors de l’éclatement d’un scandale (ici un scandale politico-sexuel) lorsque cet entourage se trouve du mauvais côté, du côté des agresseurs, des salauds. La mère d’Antoine, une femme de droite très bien sous tout rapport, est accusée non seulement d’être la maîtresse du maire, mais aussi sa rabatteuse pour des viols sous contrainte, une accusation extrêmement grave. Maîtresse du maire, elle le reconnaît du bout les lèvres mais le reste non et Laborde crie lui aussi au complot politique. Les deux premières parties du roman consistent en un long flash back pendant lequel Antoine raconte tout : la vie d’avant puis le scandale, l’attitude égoïste et sans affect de deux parents bien peu aimants, l’impunité des puissants, les petits arrangements entre amis pour se sortir d’affaire, les mensonges, les manipulations, le pouvoir de la presse aux ordres, bref : du cynisme à l’état pur, aussi ignoble que parfaitement et douloureusement crédible. Car les deux amants maudits sont coupables, on en acquiert vite la conviction, et ils vont s’en sortir blancs comme neige (à la différence des victimes) on n’a aucun doute non plus à ce sujet. Tout cela est parfaitement décrit et ça sent tellement le vrai que cela en devient presque insupportable. Et puis il y a les enfants, les « enfants de s… » des deux protagonistes qui eux morflent, ne sont dupes de rien, perdent toutes leurs illusions et perdent le contrôle de leur vie dans une indifférence qui là encore sonnent très juste. Les innocents souffrent et les faibles morflent pendant que les forts et les puissants, fort de leur impunité, restent tête haute. Rarement un roman aura décrit cette injustice de classe avec autant de force et d’efficacité. Comme le récit est à la première personne avec le narrateur Antoine, fils aîné de l’adjointe au maire accusée du pire, on entre au cœur dans cette famille étrange qui va exploser en vol. Les deux parents ont des attitudes très déconcertantes, vis à vis du scandale et vis à vis de leurs deux enfants. Ils semblent se désintéresser totalement d’eux, de leur ressenti, de leur souffrance, ils ne font rien pour les épargner, ils ne font que nier et exiger d’eux une solidarité sans faille ni discutions. A quel point sont-ils dans le déni, dans l’obsession du « Qu’en dira-ton ? ». Ils perdront leurs fils, se couperont de tous et leur attitude restera, jusqu’à la dernière page, une sorte d’énigme. « La Reverse » est un roman puissant et implacable sur les notions d’impunité, d’injustice, de honte et de cynisme, un roman psychologique qui ne peut laisser personne indifférent.

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