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Jeanne, lesbienne célibataire et indépendante, voit soudain débouler dans sa vie sa sœur cadette et ses deux jeunes enfants. Suzanne, veuve, semblé épuisée. Le lendemain de leur arrivé inopinée, Suzanne disparait en laissant une lette à sa sœur pour lui confier ses deux enfants de 9 et 6 ans. Totalement déconcertée, Jeanne ne s’imagine pas devoir (ou pouvoir) prendre en charge son neveu et sa nièce, et pourtant, les jours passent et Suzanne ne réapparait pas.
D’une grande délicatesse dans sa forme comme sur le fond, le film de Nathan Ambrosini et paradoxalement un film de femme. Les rares rôles masculins tenus ici sont anecdotiques, ce film est un film qui parle des femmes, des mères : de mères qu’on ne veut pas être, des mères qu’on ne peut plus être, des mères que l’on voudrait devenir. La réalisation de Nathan Ambrosini est très subtile, dans sa façon d’utiliser le hors champs, dans le choix de son cadrage, dans l’habillage musical hyper discret, dans le rythme du film aussi. Celui-ci dure presque deux heures, mais deux heures sans à-coups, d’une progression constante, sans scènes clefs entrecoupées de « trous d’air » comme cela peut parfois être le cas dans des films émotionnellement assez lourds. Peu de scènes de colères, de larmes ou de cris et lorsque c’est le cas, c’est court, c’est avec une certaine retenue, et cela ne donne pas lieu à des grandes scènes de drame ou de faux suspens comme on aurait pu le craindre. Tout ici est doux, mesuré, mais pas moins douloureux. Camille Cotin, immense actrice, trouve ici un rôle proche de celui qu’elle tenait dans « Toni en Famille « du même réalisateur. Apparemment, Nathan Ambrosini sait parfaitement diriger cette merveilleuse actrice dont on a l’impression qu’elle peut tout jouer, taper dans tous les registres, elle sera toujours juste. Elle campe ici une jeune femme indépendante, lesbienne dont le mariage a échoué précisément parce qu’elle ne s’imaginait pas mère. Entièrement consacrée à son travail, elle n’a que des aventures de passage lorsque débarque sa sœur cadette. Le parcours vers une sorte de maternité de substitution de cette femme, parcours à marche forcée quand même, est filmé avec beaucoup de délicatesse et sa progression dans ce nouveau rôle se fait doucement, avec des moments difficiles et d’autres presque heureux. Autour d’elle que des femmes : son ex, la juge, la directrice d’école, la conseillère juridique, à l’exception d’un gendarme plein de bonne volonté mais impuissant (le trop rare Guillaume Gouix). Ce que j’ai apprécié, c’est que l’administration est malgré tout bienveillante et arrangeante autour de Jeanne et de sa condition délicate. Cela aurait été facile de mettre ce personnage face à des bureaucrates bornés, des gens froids, procéduriers et inflexibles, or ce n’est pas le cas. On doit dire aussi un mot des deux jeunes comédiens, Manoa Varvat et Nina Birman qui sont naturels, émouvants et toujours justes, or j’imagine que c’est difficile de faire incarner à deux enfants si jeunes des rôles si douloureux. Dans son infortune, Jeanne a de la chance car Gaspar et Margaux sont des enfants faciles qui ne poseront problème que de façon épisodiques. Là encore, il aurait été facile pour le scénario de prendre l’autre option, celle de deux enfants ingérables, en souffrance et en colère permanente. « Les Enfants vont Bien » montre presque dés la première scène que Gaspar et Margaux sont des enfants en état d’insécurité : ils attendent leur mère dans la voiture dans une station service et s’inquiètent de ne pas la voir revenir. Deux enfants ne devraient pas imaginer que leur mère les laissent sur un parking, c’est bien la preuve que Suzanne va mal. Elle a clairement prémédité son acte, et elle confie ses enfants à sa sœur, sans doute pour les mettre à l’abri d’elle-même. C’est cela qu’il faut comprendre du scénario et c’est cela que Jeanne met longtemps à comprendre. Laisser ses enfants est une preuve d’amour, or il n’y a rien de moins intuitif que cela. Le scénario passe par des phases, comme une sorte de deuil : la colère, le déni, l’attente du retour qui ne vient pas, le chagrin, puis l’acceptation qui se matérialise dans les dernières scènes du film par les déménageurs. Le film ne donne pas à Suzanne l’occasion de s’expliquer, ce qu’il y a à comprendre sera sous entendu : même la lettre qu’elle laisse ne sera jamais lue à l’écran (en voix off par exemple), tout est suggéré. C’est un scénario tout sauf démonstratif qui s’adresse autant à l’intelligence du spectateur qu’à sa sensibilité, et ce n’est pas si fréquent dans le cinéma d’aujourd’hui. « Les Enfants vont Bien » est un film de femme, presque on pourrait dire un film de mère qui s’adresse à tous, les mères (et les pères), les non-mères, les pas- encore-mères, celles qui ne le seront jamais, celles qui sont persuadées qu’elles n’auraient jamais pu l’être. C’est du beau cinéma, magnifié par une comédienne magnifique.