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Normand jusqu’au boutiste, Gérald est prêt à tout pour faire aboutir son projet identitaire : un immense parc d’attraction normand autour du personnage de Guillaume le Conquérant. Il se démène dans l’indifférence (au mieux) et se couvre de ridicule (au pire) pour convaincre, financer et créer un élan autour de son idée fixe. Son obsession identitaire, sa paranoïa couplé à son inculture crasse le fait méchamment vriller, jusqu’à l’inévitable dérapage.
Fabrice Eboué revient distiller son mauvais esprit au cinéma. Il avait déjà prouvé qu’il ne craignait pas grand-chose en termes de mauvais gout, que les outrances ne lui faisaient pas peur et avec « Gérald le Conquérant », il pousse encore plus loin le curseur de l’humour trash et ultra clivant. Monté sous la forme d’un faux documentaire comme pouvait l’être à l’époque « C’est arrivé près de chez vous », « Gérald le Conquérant » suit à la trace un personnage, sans se soucier évidemment de la photographie, du cadrage, des éventuels surexposerions et sans musique d’habillage. C’est même mieux de courir derrière lui, de laisser tomber la caméra lorsque le caméraman est pris pour cible par un mauvais coucheur (ce qui arrive souvent), cela fait plus authentique. Il n’y a ni voix off, ni interview, c’est du (faux) documentaire brut. Alors c’est un parti pris qui se défend, et qui peut même être intéressant en fonction de l’absurdité de ce qu’on est censé montrer, ce qui est évidemment le cas ici. La bêtise n’est jamais mis en perspective, jamais modérée, elle est filmée dans sa crudité et j’imagine que cela pourrait mettre un peu mal à l’aise quelques spectateurs non avertis, et non perméable à l’humour trash de Fabrice Eboué. Forcément, le film ne fait pas dans la dentelle dans sa dénonciation de l’obsession identitaire ; amateur de subtilité : passez votre chemin ce film n’est pas pour vous ! Le scénario est écrit autour d’un pauvre type mue par une obsession pathétique : sauver l’identité normande. Eboué ramène au niveau de la région tous les poncifs « zemourien » du genre roman national : obsession de la pureté raciale, mise en exergue d’un héros identitaire, culte de sa tombe et sa destinée (grandement) revisitée, obsession du Grand Remplacement (au choix par les parisiens ou les américains), mythe fallacieux de la préférence normande (son parc sera gratuit pour les normands, payant pour les autres), falsification de l’Histoire et complotisme. Evidemment cela ne manque pas de vriller vers la violence : intimidation physique, harcèlement, tentation du terrorisme, le tout mâtiné d’un peu d’homophobie parce que forcément, ça va avec. En tétant, non pas les pis des vaches normandes pures races, mais celle de la bêtise crasse, Fabrice Eboué n’épargne pas grand monde, jusqu’aux milliardaires que l’on vient solliciter pour financer un projet clairement raciste et qui offre une écoute polie, jusqu’à ce que ça aille quand même un peu trop loin pour eux. Pour un film cofinancé par Canal +, cela ne manque pas de sel ! Dénoncer par l’absurde, je n’ai rien contre le principe si c’est drôle, si c’est caustique et si ça fait appuie bien là où ça fait bien mal. On va dire que Fabrice Eboué réussi son pari au deux tiers, car son film est clairement un tout petit peu trop long, qu’il tourne un tout petit peu à vide au bout d’un moment que parfois, certains gags tombent aussi un peu à plat. Ce n’est pas évident d’être toujours hyper à l’aise devant tant de bêtise décomplexée. Car Eboué (volontairement bien plus crépu que dans la vraie vie) est de tous les plans, et ne ménage pas sa peine pour donner à Gérald tout le pathétique du monde. Autour de lui, la plantureuse Alexandra Roth incarne une épouse amoureuse mais dépassée, très (trop) patiente et compréhensive et Logan Lefebvre un beau fils ultra débile qui fait parfaitement « ton sur ton » avec son beau père. On y ajoute Franck Dubosc dans son propre rôle (harcelé) et une galerie de personnages secondaires hauts en couleur, très caricaturaux aussi. Rien n’est subtil donc dans « Gerald le Conquérant », ni la forme, ni le casting, ni le propos de fond. Si on est prévenu et qu’on est client du genre ça va, on passe un bon moment trouvant quand même le temps un peu long, si on est hermétique, il vaut mieux opter pour une autre séance. Ca passe ou ça casse : avec Fabrice Eboué, pas de demi-mesure.