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Julien se réveille dans une chambre d’hôpital sans se souvenir de qui il est et de ce qu’il fait là. Tout ce qu’on lui dit, c’est qu’on l’a trouvé errant dans une forêt du sud de la France, sérieusement blessé. Chloé quant à elle se réveille pour la énième nuit dans une geôle de fortune, elle a été enlevée à la sortie du supermarché par un ravisseur qui lui impose une relation de couple non consentie. Ces deux-là sont liés, mais pas comme on l’imagine.
Le nouveau roman de Niko Tackian joue avec nos nerfs. Construit en grande partie en trompe-l’œil, bousculant à la fois la chronologie et nos certitudes, il ménage ses effets jusqu’au bout en prenant plaisir à multiplier les fausses pistes et les entourloupes. Moins de 50 chapitres courts, avec des petits ou des gros cliffhangers à la fin de chaque, toujours pour donner envie de continuer : le roman se lit vite, on comprend tout. Ou plutôt on croit comprendre mais on est leurré, souvent, parfois même dérouté, et pourtant on ne perd pas le fil : c’est une intrigue bien menée et bien troussée. Sur le fond, sans trop en dire, Niko Tackian traite d’un sujet très moderne et très inquiétant : les iceux. Ces masculinisâtes ultra misogynes, nostalgiques d’une époque de domination qui n’existe plus (et qui n’existera plus jamais, ne leur en déplaise), ces pauvres types qui se sentent émasculés par une femme à partir du moment où elle refuse de la considérer comme son « seigneur et maître ». 2000 ans de domination masculine, 30 ans de pseudo égalité et voilà qui chourinent sur leur misère sexuelle, la féminisation des métiers, l’indépendance financière des femmes et bien-sur, le droit des filles à disposer de leur corps et de leur maternité. Ils sont pathétiques, mais Niko Takin nous alerte : ils sont plus nombreux qu’on ne le croit. Radicalisés par le net, organisés et « fraternité », certains ne se contentent pas de chouriner mais deviennent violents et passent à l’acte en devenant tueurs, voire tueurs de masse. Ce serait en fait un terrorisme mal compris, sous estimé et qui serait en pleine progression, en pleine radicalisation. On le sait, toute révolution entraîne un retour de bâton, voilà celui du féminisme. Sur le fond, je n’ai rien à redire là-dessus, je pense même que c’est pertinent et utile de proposer un roman sur cette question mal connue. Après l’intrigue en elle-même est-elle crédible et convaincante ? Là je serais plus mesurée : même si elle est bien menée, elle est construite sur des bases parfois peu crédibles, ce qui est raconté de l’histoire de Julie, de Michael (le ravisseur), de Vic (l’influencer) et de Chloé est parfois un peu gros pour passer crème ! Mais on est indulgent parce que malgré tout, le roman jette la lumière sur un fait de société à prendre en considération. En résumé le nouveau Takin ne manque pas d’intérêt et on prend plaisir à se laisser surprendre par une intrigue qui ne manque ni de pertinence ni de modernité.