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Acteur chouchou du cinéma égyptien, Georges Fahmy est un jouisseur. Il a quitté son épouse pour vivre avec une starlette de l’âge de son fils, il boit de l’alcool et gobe du viagra dans son bel appartement du Caire. Mais lorsque le pouvoir vient lui demander d’incarner le Président Sissi dans un biopic de commande, il n’a pas d’autres choix que d’accepter, en dépit de son aversion pour le régime et la piètre qualité du scénario. Il sait qu’en faisant ce film, il entre dans le cercle fermé du pouvoir et quelque part, cela le grise un peu, surtout quand il croise la ravissante épouse du Ministre de la Défense. Comme un papillon tournoyant autour d’une ampoule incandescente, Georges joue désormais au poker menteur avec des gens (très) dangereux.
Le réalisateur Tarik Saleh explore l’histoire récente de l’Egypte et ausculte sans ménagement le pouvoir politique de ce pays. « Les Aigles de la république », surnom donné à l’aréopage qui entoure le pouvoir militaire du Président Sissi, est au départ une sorte de comédie grinçante sur les relations entre le cinéma et le pouvoir. Et dans toute cette première partie, qui consiste à montrer presque par l’absurde le tournage d’un biopic de commande incarné et réalisé à contrecœur pour le compte du pouvoir, c’est un pari réussi. Le souci est que le film est d’abord trop long, avant de devenir à la fin assez confus et de donner au final une impression mitigée. Il ya quelque chose qui m’a un peu perturbé, c’est le montage un peu saccadé du film. Les scènes sont courtes et les transitions abruptes, on passe d’une action à l’autre, d’un timing à l’autre très sèchement et cela se reproduit souvent. On a l’impression d’un film un peu haché, c’est assez déroutant. Peu de musique (on a connu Alexandre Desplat plus utilisé), avec malgré tout quelques scènes fortes, « Les Aigles de la République » insère des images du vrai Président Sissi lorsque c’est nécessaire. Et c’est là qu’on se rend compte de l’absurdité du film commandé par le pouvoir car Georges Fahmy est le contraire physique de celui qu’il est censé incarner ! Avec du maquillage au début il pourrait peut-être faire illusion mais on lui demande de l’enlever, sans que cela soit réellement compréhensible pour lui comme pour nous. Après « Le Caire Confidentiel » et « La Conspiration du Caire », c’est toujours avec le comédien Fares Fares que ce termine cette trilogie égyptienne. Comédien formidable, que j’ai personnellement découvert dans des polars suédois il y a bien longtemps (« Les Enquêtes du Département V »), il est tout à fait crédible en comédien populaire dépassé par les évènements : pathétique sans être pour autant ridicule, Fares Fares crève l’écran dans ce dernier volet comme il le faisait dans les deux précédents. A ses cotés la ravissante Lyna Khoudri dans un rôle malheureusement mal écrit et trop stéréotypé et la non moins charmante Zineb Triki dans un rôle bien plus étoffé mais qui aurait pu, là encore, être plus écrit. Et puis il y a une foule de comédiens au second plan, incarnant soit des militaires inquiétants, soit des espions du pouvoir terrifiant, à l’image du mystérieux Dr Mansour (le comédien Amr Waked est lui aussi épatant). Le scenario commence presque comme une farce, avec ce film commandé par le pouvoir et tourné sous l’emprise de la peur. Le film s’annonce comme un pure navet, les comédiens sont terrifiés, le réalisateur fait ce qu’il peu avec un scenario hagiographique et Georges se montre parfois bien peu coopératif pour ce projet qui le révulse. Il est copte, et non musulman, et c’est son immense popularité qui lui vaut d’être choisi non autre chose. Toute cette première partie dite du « tournage » est agréable, parfois drôle, souvent acide. Le souci c’est qu’ensuite le film prend un virage plus confus, en se piquant de politique, de complot et d’espionnage, et là il est facile de décrocher surtout que le film parait fort long (alors qu’il ne dure que 2h10). Cependant, malgré tout, le scenario montre sans fard la corruption au sommet de l’Etat, la servilité, les méthodes de gangsters aussi qui gangrène le pouvoir égyptien (arrestations arbitraires torture, exécutions sommaires, et même des vols de la mort de sinistre mémoire sud américaines). Le scénario effleure d’autres sujets sensibles : la montée du rigorisme religieux, la place laissée aux coptes dans la société, la façon dont sont traités les homosexuels. Mais tout cela n’est qu’effleuré par un scenario qui préfère se concentrer sur les intrigues politico-militaires du pouvoir. Plus les minutes passent, plus le film perd en intérêt et en lisibilité. A vouloir trop bien faire, à vouloir trop dénoncer, Tarik Saleh propose avec « Les Aigles de la République » le moins réussi et le moins percutant de la trilogie qui l’a fait connaitre.