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Un point c'est (pas) tout

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Critique cinéma : En Première Ligne

Publié par Christelle Point sur 12 Septembre 2025, 14:40pm

Dans un hôpital de Suisse Alémanique, Floria prends son service pour une garde qui devrait durer 12h. Une collègue est malade, elles ne seront donc que 2 pour tout un étage. Les heures défilent, Floria court, pare au plus urgent, transfère, pose des perfusions, distribue des antidouleur, répond aux alertes, rassure, sans prendre le temps de manger même un sandwich. Elle fait des gestes techniques en mode automatique, et pourtant c’est une infirmière consciencieuse, elle aimerait faire plus, elle aimerait faire mieux.

1h32 camera à l’épaule à suivre partout une infirmière consciencieuse mais débordée, avec l’impression grandissante que la situation pourrait lui échapper au fil des heures qui passent, sur le papier le film de Petra Biondina Volpe n’apparait pas comme le plus glamour du moment. Et pourtant, impossible de décocher pendant cette garde qui semble n’en jamais finir. Juste accompagné d’une musique de fond à la fois très présente et très discrète (et qui n’appuie pas les effets), le film consiste à suivre en permanence une infirmière d’un service de gastro entérologie (d’après ce qu’on peut comprendre des pathologies) pendant une garde. C’est filmé camera à l’épaule, comme un documentaire donc, mais sans les inconvénients de ce genre de technique comme l’image qui saute ou le cadrage parfois défaillant. La caméra est en permanence aux cotés de la comédienne Léonie Benesch, la star montante du cinéma allemand. C’est donc sa performance à elle qui est en grande partie la réussite du film et elle est formidable. Il lui suffit de presque rien pour faire passer une émotion, un regard, un demi-sourire, un silence, et on comprend tout de l’état d’esprit de cette jeune femme. Au début du film, elle revient d’un jour de congé, elle a des chaussures neuves, sa coiffure est bien nette, sa blouse impeccable et ses gestes surs, délicats, rassurants. Et puis au fil des scènes qui se succèdent, par petites touches minuscules, la fatigue et la nervosité s’installent. Les gestes sont plus saccadés, les mains tremblent, les regards deviennent plus fuyants, le sourire devient crispé, le chignon se défait, les vêtements se froissent, les chaussures finiront tourtes crottées. Cette progressivité, parfaitement rendue à l’écran, est une des grandes réussites de la performance de la comédienne d’abord, et du soin apporté au montage et à la composition du long métrage ensuite. Le film ne dure 1h32, on ne s’ennuie pas une seconde (comment le pourrait-on devant une frénésie pareille ?) et pourtant il parait long. Pourquoi ? Parce que cette garde n’en finit pas, parce que l’épuisement de l’infirmière est presque contagieux pour le spectateur. On sort du film rincé, comme elle sort de sa garde épuisée. Alors bien sur il n’y a pas de scénario à proprement parler, il s’agit de côtoyer des malades de toute sorte. Il y a des patients adorables, des patients difficiles, des patients insupportables, d’autres séniles ou bien déprimés, des gens en fin de vie ou des gens qui ne viennent que pour une simple appendicectomie. Mais tous sont des gens qui souffrent et qui ont peur, tous sans exception. Floria court de l’un à l’autre, fait de son mieux mais comment faire bien quand on est en sous effectif chronique ? Il ne faut pas tourner autour du pot, c’est ce sous effectif qui fait qu’elle est à deux doigts de voir la situation méchamment lui échapper, c’est ce sous effectif qui sera à l’origine d’une erreur, d’une parole malheureuse, d’une crise de larme, d’un fou rire nerveux, et qui sait, d’une envie de tout laisser tomber. Quand un patient lui demande si elle sera là le lendemain elle répond oui, et on se demande comment elle pourra trouver le courage de recommencer encore et encore des gardes comme celle-ci. Plaidoyer pour le personnel soignant, et plus particulièrement pour les infirmières, celles qui sont en première ligne, le film en dit bien plus que n’importe quel discours politique ou syndical. Ce qui est filmé ici est bien connu de tout le monde, il n’y a pas d’intrigue, pas de coup de théâtre, par d’histoire à raconter ou d’acte héroïque au menu. L’héroïsme aura consisté ici à assurer une garde de 12h et à trouver le courage de revenir le lendemain.

La bande annonce de "En Première Ligne"

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