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En cette année 1930, les temps ne sont pas faciles pour Lady Mary. Fraichement divorcée, elle est soudainement devenue persona non grata pour toute la bonne société britannique, la fortune de sa grand-mère maternelle américaine a fondue au soleil de la crise de 1929 et son père rechigne toujours à lui laisser la gestion de Downton Abbey, alors même qu’il s’y était pourtant engagé. Alors qu’une page se tourne en douceur chez les domestiques, dont un certains nombre prennent une retraite bien méritée, la page semble se tourner bien plus douloureusement dans les étages, dans les appartements de monsieur le comte.
Après 6 saisons, une palanquée d’épisodes spéciaux et deux longs métrages, il fallait bien qu’un jour la saga Downton se termine, que la boucle se boucle pour tous ces personnages qui nous ont accompagnés pendant si longtemps, et auxquels nous sommes très attachés. Le film mis en scène par Simon Curtis prends la suite non immédiate du film précédent, et c’est toujours un plaisir de retrouver les fondamentaux : la musique de John Lunn, les robes incroyables, les décors somptueux de l’aristocratie des années folles, et toutes les scènes obligées qui ont fait le sel de la saga. Les repas de prestiges (avec la folie en cuisine et les bisbilles chez les domestiques), les évènements mondains non loin de la famille royale, la légendaire maladresse de Mosley, la mine renfrognée de Carson, tout cela figure au menu comme des éléments incontournables que l’on se devait de retrouver. C’est l’addition de toutes ces « figures imposées » qui fait Downton Abbey. La mise en scène est soignée et le casting, malheureusement amputé désormais de Matthew Goode (divorcé) et surtout de Maggie Smith, toujours le même. Le poids des ans se fait sentir, mais au final pas tant que cela sur ces personnages que l’on suit pourtant depuis plus d’une décennie. Mais c’est là qu’on se rend compte, à présent qu’elle n’est plus là, de l’importance de Maggie Smith. Le duo inénarrable qu’elle formait avec Pénélope Wilton est désormais déséquilibré, et c’était ce duo qui était à la base de 80% des scènes désopilantes de la série. Les références à son personnage sont nombreuses, comme si la saga se remettait bien mal de la perte de la douairière et de son sourire pincé. Le film perd donc pas mal en humour, il faut le reconnaitre. Le principal écueil du scénario, comme pour les deux autres films qui l’ont précédés, est que « Downton Abbey III – Le Grand Final » est à réserver aux fans et aux connaisseurs de la série et des films. Beaucoup d’éléments font références au deuxième film, pas mal de personnages sont évoquées sans que ne soit expliqué qui ils sont, ce qu’ils ont fait avant et avec qui ils interfèrent. Si on arrive dans ce troisième film sans rien connaitre, on ne comprend pas grand-chose à ce qui se joue sur l’écran. Moi, c’est ce qui me plait dans ce grand final, c’est un film pour connaisseurs. Mais bien sur, cela exclue beaucoup de spectateurs potentiels que je n’essaierais pas de convaincre, les néophytes doivent passer leur chemin ou alors… commencer la saison 1 rapidement ! Justement, cette saison 1 commençait sur une problématique qui est reprise ici. L’héritier mâle de Downton étant mort dans le naufrage du Titanic, Lady Mary ne pouvant héritier parce que femme, elle devait se marier avec un cousin pour que lui, puisse devenir le nouvel héritier. Une situation ubuesque, au regard des mœurs modernes. Dans ce dernier volet, la voilà divorcée et cette fois c’est bien elle, une femme, qui a la légitimité pour diriger seule l’héritage de la famille Crawley. Au fond, il aura fallu 18 ans (1912-1930) pour que l’aristocratie anglaise entre « au forceps » dans la modernité. Au fond, cette mutation est bien la colonne vertébrale de toute la saga et ce troisième film a la bonne idée d’y revenir. Tous ce qui se sera passé entre temps : la Grande Guerre, les suffragettes, la grossesse hors mariage de Lady Edith et toutes les petites péripéties n’auront été que des accessoires de cette idée de départ. Dans ce troisième film, et on peut un peu le déplorer, chez les domestiques il n’y a pas de réelles enjeux. Ils sont 3 à partir en retraite, la succession se fait sans heurts et ils n’ont pas réellement d’histoire à raconter dans ce dernier volet. C’est d’autant plus dommage que toute la saga aura été aussi l’occasion d’en dire long sur leur conditions de travail, leur vie quotidienne, leur relations avec la classe dominante. Ici, ils sont là de façon presque anecdotique et c’est fort dommage. « Downton Abbey III – Le Grand Final » est donc un film pour les fans et seulement pour les fans. Mais quelle émotion d’assister à cette dernière danse avec Lady Mary, d’autant plus que le générique de fin nous permet de revoir des personnages disparus, au premier rand desquels Violet, inoubliable Maggie Smith.