/image%2F0902697%2F20250807%2Fob_a203a5_qu-un-sang-impur.jpg)
Cela a commencé par l’explosion d’un volcan endormi en Roumanie, dont l’onde de choc à fait trembler toute l’Europe. Ensuite, comme toute bonne réaction en chaîne, tout est allé trop vite : une étrange épidémie s’empare brutalement de toute l’Europe, transformant une partie de la population en cannibales. Matt et Clem et leur petit Léo, réfugiés dans leur loft du dernier étage d’un immeuble, sont désormais cloîtrés et ont recueillis leurs voisins proches. Sous une chaleur caniculaire, avec interdiction formelle d’ouvrir les fenêtres, sans possibilité de se réapprovisionner, assiégés en permanence par des ordres de malades (du genre « World War Z » pour ceux qui ont vu le film), la cohabitation forcée se veut résiliente, humaniste et solidaire… tout du moins au début. Le vivre-ensemble va très vite trouver ses limites.
« Qu’un Sang Impur » abreuve abondamment de sang frais les sillons du roman noir français, du thriller horrifique qui malmène le sommeil du lecteur. L’action commence bille en tête : Matt, simple conseiller bancaire, est en terrasse et prends un verre en regardant les passants : une détonation gigantesque souffle tout sur son passage et à partir de la seconde suivante, tout va aller de mal en (bien) pire. Choc et incompréhension, angoisse qu’une centrale nucléaire ou un laboratoire secret ait été soufflé, rumeurs, administration et pouvoirs public qui vacillent, réseaux sociaux qui s’emballent, les premiers chapitres sont ceux de la confusion jusqu’au basculement, dans les rayons d’un monoprix où l’horreur succède à l’angoisse. A partir de ce chapitre clef, la spirale ne s’arrêtera plus avant l’épilogue du roman. Il fait avoir des nerfs d’acier et le cœur bien accroché pour ce livre qui consiste en un huis clos de plus en plus délétère, entre des voisins très différents qui ne se sont pas choisis et qui doivent cohabiter dans une étuve en rationnant la nourriture, épargnant les enfants autant que faire se peut, et confrontant H24 leurs peurs, leurs préjugés et leurs rancœurs. Ne vous attachez pas trop aux personnages, l’auteur Michael Mention n’hésite pas à sacrifier les au moment où on s’y attend le moins, de la façon la plus douloureuse ou injuste possible. Écrit dans un style efficace, anxiogène mais qui n’oublie pas de glisser ici ou là quelques toute petites notes d’humour absurde, « Qu’un sang Impur » (titre magnifiquement choisi) se lit vite mais pas si facilement que cela. L’intrigue est parfois si déroutante, si dérangeante et si terrifiante que j’ai préféré la fractionner un peu. N’empêche, d’un point de vue purement sociologique, la France que décrit Mention, déjà à cran avant la pandémie, sort exsangue du roman et cela ne pousse pas à l’optimisme. Scientifiquement assez plausible, sociologiquement fort crédible, humainement hautement probable, « Qu’un Sang Impur » va hanter pas mal de cauchemars chez ceux qui s’aventureront à l’ouvrir : glaçant !