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Un point c'est (pas) tout

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Le coin des livres : Lëd

Publié par Christelle Point sur 17 Juillet 2025, 08:05am

Norilsk est la ville sibérienne la plus septentrionale, et la ville la plus polluée aussi à cause des gigantesques mines de nickel, aux mains de puissants oligarques proche du pouvoir, qui font vivre (et empoisonnent) toute la population. La découverte du cadavre d’un éleveur de renne, un autochtone, sur le toit d’un immeuble est le point de départ de l’enquête de Boris. Pour ce policier débonnaire loin d’être dans les petits papiers de sa hiérarchie commencent une enquête complexe et fort dangereuse, dans une ville où l’ennui le dispute à la corruption, à l’alcool et au désespoir.

Bienvenue dans le grand nord sibérien pour un roman policier choral, et amateur de légèreté et de joie de vivre, passez votre chemin ! Norilsk est une ville (bien réelle, voir dans Google Earth) minière triste, perdue là-bas tout au nord et livrée aux éléments et aux turpitudes des hommes. C’est aussi une ville dite « fermée », c’est à dire soumise à vérification pour y entrer et en sortir, à cause précisément de la mine et de la manne qu’elle représente. Ici, tout est gris, tout est triste, tout est dangereux. L’intrigue policière en tant que telle est plus un prétexte qu’autre chose, même si elle ne manque pas d’intérêt et qu’elle peut même réserver quelques surprises sur la fin. Mais « Lëd » (glace en russe) c’est surtout une peinture large de la société sibérienne. Parce que le roman met en scène un grand nombre de personnages différents aux destins différents, un grand nombre de thèmes sont longuement abordés. Ainsi, au fil des chapitres, le roman va évoquer la situation des couples homosexuels en Russie, la montée de l’extrême- droite ouvertement nazie, le pouvoir des oligarques, la mémoire de goulags, la situation des autochtones, les ravages de l’alcool, l’autocratie de Poutine, les conditions climatiques extrêmes, l’héritage de la guerre en Afghanistan, la condition des peuples cosaques au sein de la population russe, et encore plein d’autres sujets divers et variés. Caryl Ferey connaît semble-t-il très bien la sociologie, l’histoire et la géographie de la Russie et à travers « Lëd », on en apprend beaucoup sur ce pays que nous connaissons si mal. On a même l’impression que le roman s’éparpille comme une tache d’huile par moment, qu’il veut trop en faire, trop en dire, traiter de trop de choses. La peinture qui en est faite est sans concessions à tous les niveaux et il ne faut pas avoir peur de la noirceur quand on se lance dans ce roman, qui peut même apparaître plombant par moment. Aucun personnage, aussi sympathique soit-il, ne sera épargné. Ici un mineur courageux se retrouvera handicapé, là une épouse sympathique tombera gravement malade, ici une militante écolo paiera le prix de sa curiosité, là un policier intègre se heurtera à une hiérarchie corrompue, et ainsi de suite. Le roman se laisse lire malgré cela sans déplaisir mais tant de noirceur finit par devenir un peu déprimant. On pourra objecter qu’il se termine quand même sur une note d’espoir, c’est vrai, mais c’est un espoir si fragile, si tenu et qui ne concerne que deux personnages (alors que beaucoup d’autres ont salement morflés) que ça ne sauve pas le roman d’une noirceur terrible. En résumé, « Lëd » est à réserver à un lectorat peu sensible. J’ajoute à cela une ou deux scènes de sexe racontée in extenso et dans un style quasi  pornographique qui apportent pas énormément à l’intrigue et qui, sans faire de pudibonderie, ne sont pas à mettre devant tous les yeux.

 

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