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En liberté conditionnelle, Millie est sans emploi, sans domicile (elle vit dans sa voiture qui est son unique bien) et sans famille vers qui se tourner. Tout ce qu’elle possède, c’est sa force de travail et sa volonté de s’en sortir. Aussi quand elle se voit proposer un emploi de femme de ménage (logée) dans une belle maison dans un quartier chic de New York, elle postule et contre toute attente, elle est embauchée. Peu lui importe si sa chambre est un minuscule cagibi sans commodités, peu lui importe si sa patronne est une souillon versatile et cassante, peu importe si la fille unique du couple est une chipie ; la seule chose qui l’angoisse vraiment, c’est de constater que sa chambre ne ferme que de l’extérieur et que la fenêtre est condamnée.
Phénomène littéraire depuis plusieurs mois, « La Femme de Ménage » est un thriller psychologique à la narration assez maline pour nous surprendre. Les deux premiers tiers du roman sont assez conventionnels. On y suit les aventures de Millie (elle sort de prison mais on n’en saura pas plus, au début) dans son nouvel emploi de femme de ménage. Elle met une bonne volonté sincère dans un travail ingrat et on ne peut qu’être en empathie avec elle : sa patronne Nina est cinglée (une souillon qui donne des ordres contradictoires, qui lui ment effrontément, l’humilie régulièrement) et la gamine une chipie qui suit le même chemin que sa mère. Le père de famille,Andy, en revanche, est charmant, serviable et logiquement, il lui tape dans l’œil. Pendant de longs chapitres, on suit (sans déplaisir) cette intrigue qui ressemble quand même nettement plus à un roman à l’eau de rose qu’à un thriller psychologique ! Mais bon, en tant que lecteur nous ne sommes pas dupes, quelque chose va venir bouleverser cette belle intrigue bien propre. Cela arrive avec la troisième partie : retour en arrière, et on refait le match mais en regardant selon un autre angle, et là on verse carrément dans le thriller psychologique. Impossible d’en dire davantage sans trop en dévoiler. La seule chose à dire est que comme souvent, il ne faut jamais s’arrêter aux apparences des choses. Le procédé du changement de regard avec retour en arrière n’est pas nouveau mais il fonctionne toujours, car on se laisse souvent piéger par le regard du narrateur dans les romans racontés à la première personne. Bien-sur, on peut trouver que parfois certains personnages sont un peu excessifs, parfois sans aucune nuance, que d’autres font parfois de mauvais choix évidents, et l’aspect psychologique (pour ne pas dire psychiatrique) de quelques uns auraient pu être plus fouillés. Mais le roman est écrit de façon fluide, agréable et facile à lire, avec une toute petite pointe d’humour. C’est un roman grand public dont le succès n’est guère étonnant car il brasse des thèmes modernes et universels : la maladie mentale, le harcèlement, la perversion et le narcissisme, la résilience aussi. Vais-je continuer les aventures de cette femme de ménage ? La fin est assez terrible, étrangement à la fois morale et amorale. Je ne sais pas encore mais ce petit roman là, sorti de nulle part émanant d’une auteure qui m’était jusque là inconnue, Freida McFadden, est un moment de lecture agréable. Le roman est astucieux, efficace et, dans son genre, plutôt réussi.