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Un vieux revolver retrouvé par une veuve qui fait du rangement dans les affaires de feu son mari va faire basculer la vie de Konrad. Enfin, il a un début de piste sérieuse sur l’assassinat de son père, ce drame qui le hante depuis si longtemps. Il reconnaît cette arme, son père l’a eu en main avant d’être poignardé. Et comme la police vient de découvrir que ladite arme a servi à tuer un ouvrier dans un baraquement peu avant, il y a enfin une chance de découvrir qui a tué son père, et par la même occasion d’éloigner les soupçons de sa personne.
« Les Parias » est la dernière enquête du policier retraité Konrad, en tous cas à ce jour. Ce roman n’est pas le plus facile d’accès de la série et cela pour de multiples raisons. D’abord, il est difficilement dissociable du volume précédent, « Le Mur des Silences ». Bien-sur l’auteur explique les éléments cruciaux de l’intrigue pour ceux qui ne l’auraient pas lu avant, mais quand même. Il y a tant de références au tome précédent que cela me paraît délicat de se lancer dans « Les Parias » sans avoir lu « Le Mur des Silences » et même de l’avoir bien en tête. Les personnages sont les mêmes, l’intrigue rebondit constamment sur l’intrigue du roman d’avant, c’est une gageure de tout bien appréhender sans le souvenir du tome 4. Ensuite, dans « Les Parias », il n’y a pas moins de 3 intrigues simultanées : la mort de ce pauvre hère dans son baraquement en 1955, l’enquête bâclée de son ex-collègue qui a peut-être amené à une erreur judiciaire et bien-sur, le fil rouge : la mort du père. Chronologiquement, le roman fait des va-et-vient dans temps sans arrêt et sans prévenir, les toiles de fonds temporelles se multiplient et on doit quand même s’accrocher un peu pour ne pas se retrouver perdu. Tout cela concoure à faire de ce 5ème volume le plus touffu de la saga. Le plus touffu, mais le plus aboutit car enfin, la résolution du mystère de la mort de Seppi (le père escroc et violent de Konrad) est au rendez-vous. Comme d’habitude, une pincée de surnaturel vient agrémenter cette conclusion, par l’intermédiaire d’Eyglo, la médium qui est un des personnages les plus attachants de la série. Mais c’est bien Konrad, son passé, sa noirceur, ses failles qui sont au cœur de tout. Au travers de flashes back, on découvre clairement ce que l’on devinait depuis le début : Konrad n ‘était pas un homme bien sous tout rapport. Infidèle, menteur, flic corrompu, il a beaucoup à se pardonner et à se faire pardonner aujourd’hui, à 75 ans. Si on le compare à l’autre personnage récurrent d’Indridason (Erlendur) Konrad n’en sort pas grandit. Mais force est de constater que c’est bien cette noirceur qui fait tout l’intérêt de Konrad. Tout est ambivalent et complexe chez lui, jusqu’aux sentiments contradictoires qu’il nourrit encore pour ce mauvais père mort depuis plus de 50 ans. « Les Parias » lève également le voile sur la condition des homosexuels en Islande dans les années 60-70. Finalement, quand on prend toute l’œuvre de l’auteur dans sa globalité, on obtient un portrait sans fard de ce pays minuscule, un portrait parfois cruel et sans concession. Instructif sur l’Islande et son histoire comme toujours, « Les Parias » concluent (temporairement) une saga ambitieuse et pointue, celle de Konrad et de ses démons, celle de l’Islande et de ses démons.