Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un point c'est (pas) tout

Un point c'est (pas) tout

Blog sur tout ce qui rend la vie plus chouette...


Critique cinéma : Lire Lolita à Téhéran

Publié par Christelle Point sur 6 Avril 2025, 15:11pm

1979, Azar revient en Iran à la faveur de la destitution du Shah. Elle et son mari sont pleins d’espoir pour leur pays : lui est ingénieur, elle est professeur de littérature anglo-saxonne, et ils ont très envie de  participer au renouveau de l’Iran. Mais ils ne mettront pas plus d’un an à déchanter.  Azar quitte l’université où elle ne se sent plus libre d’enseigner. Elle retentera sa chance en 1988, mais les mêmes causes entrainant les mêmes effets, elle ne reste pas. Elle organise alors des réunions hebdomadaires et clandestines avec des étudiantes dans son salon pour parler littérature. Au contact des livres, et loin des oreilles du régime, les paroles de femmes se libèrent.

Le réalisateur israélien Eran Riklis porte à l’écran le livre autobiographique d’Azar Nafisi, professeure de littérature qui, pendant 15 ans, aura tenté d’enseigner l’amour des livres dans son pays natal avant de devoir y renoncer et repartir en exil. « Lire Lolita à Téhéran » est un film de 1h45 découpé en gros chapitres de longueur assez égales et qui portent le titre de grands classiques de la littérature anglaise ou américaine. « Gatsby le Magnifique », « Orgueil et préjugés » ou bien encore, évidemment, « Lolita ». Le film débute en 1979 mais le réalisateur à décidé de ne pas montrer l’histoire d’Azar dans l’ordre chronologique. 1979, 1980 puis 1995, retour en 1988, puis 1996. Ces dates ne sont pas choisies arbitrairement, elles correspondent à des tournants dans l’histoire récentes de l’Iran (Révolution Islamique, mort de Khomeiny, Guerre Iran-Irak) qui soient aussi des tournants pour Azar : reprendre l’enseignement, arrêter, recommencer, re-arrêter, résister puis finalement fuir, devant le manque de perspective. Le film se déroule sur 15 ans et, à part un peu dans les décors ou les accessoires, on ne voit pas le temps passer, comme si le temps s’était figé dans ce pays peuplé de fantômes en noir et des boutiques laissées à l’abandon. C’est évidemment un parti pris pour appuyer le fond du film. D’ailleurs, à l’occasion d’une sorte d’hallucination, Azar reverra  l’Iran des années 70, (jupes courtes, déjeuner en terrasses, amoureux qui se tiennent la main, le tout sous un soleil magnifique). On peut juger, je l’entends, que filmer l’Iran des Mollah sous la grisaille et celle du Shah sous le soleil est un effet un peu (trop) appuyé. Surtout que l’Iran des années 70 était loin d’être un  paradis sur terre ! A part cela, je ne vois pas grand-chose à redire à ce film qui a été tourné intégralement à Rome et qui pourtant fait sacrément bien illusion, avec l’aide des images d’archives et d’un travail de décorateur assez bluffant. Golshiteh Farahani, la plus française des comédiennes iranienne, offre ses traits à Azar Nafisi, et elle y met tout son talent et probablement une grande partie de son cœur. Il y a autour d’elle beaucoup de rôle de femmes :  Zar Amir Ibrahimi, Mina Kavani ou encore Bahar Beihaghi, et quelques hommes, forcement un peu effacé mais pas tout caricaturaux (il y a beaucoup d’homme opposé viscéralement au régime, surtout dans les milieux universitaires et intellectuels). Dans ce petit groupe de femmes, deux ont des histoires encore plus douloureuses que les autres : l’une est battue par son mari mais ne peut pas divorcer sous peine de voir sa fille confiée à sa belle-mère, l’autre a été violée et emprisonnée et donc fouettée parce qu’elle n’est plus vierge.  Au travers de ces deux exemples, ajoutés à l’expérience impossible d’Azar à l’Université, c’est toute la condition féminine iranienne qui est disséquée : prisonnière dans sa vie professionnelle, prisonnière de sa vie familiale, prisonnière de la société en général. On est renseigné aujourd’hui là-dessus, le film ne nous apprends pas réellement quelque chose que nous ignorerions encore sur le sujet, mais ce n’est pas pour cela qu’on ne doit pas en parler, encore et encore… C’est cela que montre le scénario, comment la condition de la femme iranienne semble sans issue, et le film s’arrête en 1996 ! Le pouvoir de la littérature comme outil de réflexion et d’émancipation, cela ne pouvait pas ne pas me parler. Pour ce groupe de jeunes femmes, dont certaines sont encore étudiantes alors que d’autres ont du renoncer, lire Jane Austin ou Vladimir Nabokov c’est déjà faire un geste de libération. Dans d’autres pays, à d’autres époques, réfléchir et évoquer les problématiques d’agression sexuelle, d’émancipation,  de recherches de l’épanouissement personnel ailleurs que dans le mariage et les conventions, c’est une preuve que toutes ces notions sont universelles. Le message du film est là, simple, surement même un peu naïf (parce que au final, ces femmes ne vont pas en tirer autre chose qu’un puissant désir d’exil) mais certainement pas sans pertinence ou intérêt.

La bande annonce de "Lire Lolita à Téhéran"

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents