Troisième (et dernier ?) tome de la sage des « Falsificateurs », « Les producteurs » est un roman qui peut se lire seul mais franchement, sans l’apport des deux premiers tomes (« les Falsificateurs » et « Les Eclaireurs »), je pense qu’on a du mal à comprendre l’intrigue, les relations entre les personnages et les enjeux qui sont à l’œuvre. On doit même se demander dans quel monde bizarre on a mis les pieds car ce ne sont pas les quelques pages d’introduction qui peuvent convaincre les néophytes ! En conséquence, je ne conseillerais ce livre qu’après la lecture de l’étonnant et enthousiasmant « Les Falsificateurs » et le moins bon mais ô combien important (pour l’Histoire avec un grand H) « Les Eclaireurs ». Sliv et Lena, bien installé dans l’organigramme du CFR continent de monter des falsifications historiques, pour le bien de l’humanité bien sur. Afin de contribuer à l’élection d’Obama, ils poussent le candidat républicain John McCain a choisir Sarah Palin comme éventuelle VP , ils croisent un ancien du CFR reconverti à Hollywood qui rend également quelques services au secteur privé (Scoop : la grippe H1N1 n’a jamais existé, c’est lui qui a tout monté tout seul) et montent ensemble la plus grande falsification de leur carrière en inventant une civilisation Maya disparue. Si on a adhéré aux petits manèges du CFR dans les deux premiers tomes, on continue d’être fasciné par l’efficacité redoutable de ses agents. Ancrer son roman dans le réel et l’actualité (élection américaine, naufrage de la plate forme pétrolière Deepwater, grippe H1N1…) permet à Antoine Bello de jouer avec le réel comme ses protagonistes le font dans la fiction. Que ce soit l’épisode Palin (crédible au regard de la politique américaine, drôle et effrayant en même temps) et l’épisode Maya (auquel j’avais du mal à adhérer au début mais l’aventure de la fausse épave est racontée comme un film d’aventure), ça fonctionne à 200% sur moi. Je suis fascinée sans y croire, mais fascinée par la facilité avec laquelle on peut manipuler l’histoire, la politique, la vie des gens, l’économie, pour peu qu’on soit motivé, plein aux as, hyper cultivé et intelligent et… cynique aussi. C’est très bien écrit, intelligent, bien scénarisé et on retrouve avec plaisir les héros des « Falsificateurs » qu’on avait un peu boudé avec le second tome, trop embrouillé, trop pesant. Je ne sais pas si la saga est finie mais elle constitue une parenthèse dans mes lectures, comme une expérience à nulle autre pareille !