Bien plus que son casting ou son réalisateur, ou que sa promo très discutable (à base de fausse usurpation d’identité), c’est le pitch de « Un illustre inconnu » qui m’a immédiatement séduit et donné envie d’en savoir plus…
Sébastien Nicolas a 42 ans, il est agent immobilier et célibataire, rien de plus à dire sur cet homme fade, transparent, solitaire, sans personnalité. Cet homme, qui semble vide à l’intérieur, est de ceux qu’on croise sans jamais les voir, de ceux qui « vivent » à défaut d’ « exister ». Quand vous avez la mauvaise idée de croiser sa route, Sébastien se met à vous observer, à vous scruter, il vous suit dans la rue, se grime en vous, attend que vous vous absentiez de chez vous pour s’installer, ouvrir votre courrier, vivre votre vie le temps de quelques heures, de quelques jours. Evidemment, ce petit jeu n’a pas pour objectif de vous nuire, sauf que c’est un jeu très dangereux. Quand il est contacté par un musicien classique misanthrope pour lui trouver un appartement, il se met à vouloir l’incarner. Mais ce petit voyage dans la peau de l’acariâtre Henri de Montalgue va prendre un tour dangereusement inattendu.
Le scénario de « Un illustre inconnu » a au moins deux grandes qualités : il est très original et il nous emmène à partir de son troisième tiers dans un voyage dont on se demande bien, à chaque scène, comment il va finir. Bémol : je ne pense pas en revanche qu’il soit hyper crédible, ou plutôt je l’espère car sinon, c’est sacrément flippant ! Les rebondissements sont astucieux, on ne les voit pas venir et ils sont pertinents sur le fond, et jusqu’aux tout dernières images, on est dans l’expectative. C’est suffisamment rare aujourd’hui dans le cinéma français (malheureusement très formaté) pour être souligné, « Un illustre inconnu » est un film intelligemment différent. La réalisation est plutôt soignée et même inventive par moment. Il y a quelques scènes très réussies, dont la scène d’ouverture qui à la fois donne le ton mais qui, en plus, prends tout son sens après plus d’une heure de film, sans qu’on l’ait vu arriver. Matthieu Delaporte fait le grand écart avec le théâtre filmé du « Prénom », son précédent film, au niveau de la réalisation comme du scénario puisqu’il l’a écrit avec le même co-scénariste. Mais c’est bien de ne pas s’enfermer dans un style et de prendre le contrepied d’un succès, c’est courageux, c’est même gonflé. Matthieu Kassovitz porte tout le film sur ses épaules et il est parfait dans un rôle probablement très difficile. On peut penser ce qu’on veut de Kassovitz (réalisateur qui se plante, mégalo, tête à claque…) mais c’est un acteur épatant, et en tous cas ici, il est vraiment très bon. Et son rôle est très exigeant : son personnage met mal à l’aise au début, dans le premier tiers du film, il fait des choses malsaines même s’il les fait pour des raisons qui touchent à la psychologie pour ne pas dire à la psychiatrie. On pense qu’on ne va pas comprendre cette façon de « vivre », et puis curieusement, au bout d’un moment, on est presque sur le point d’adhérer à son délire, quand on touche du doigt son immense détresse intérieure (la scène chez le prêtre). Et puis, à partir du moment où il entre dans la peau d’Henri de Montalgue, il se trouve. Plus il va loin (et il va très loin) dans le rôle de Montalgue, plus il devient lui-même à travers lui. Ce n’est pas facile à expliquer comme çà, avec des mots mais c’est çà : Il devient lui en changeant de peau. Du coup, son personnage devient attachant, et il ne met plus mal à l’aise pour les mêmes raisons : on a peur qu’il se fasse démasquer ! La relation père-fils est au cœur de cette nouvelle vie et on se prend à remarquer que Sébastien Nicolas, lui, ne semble avoir de père, il a une sœur, une mère, un neveu, un beau-frère mais pas de père et il n’en est jamais question. Le sujet n’est jamais évoqué dans le scénario, mais sans vouloir faire de la psychologie à deux euros, c’est peut-être une des clefs pour comprendre l’étrange comportement de Sébastien. Le film dure deux heures, même s’il n’y a pas de longueurs ni de scènes superflues, son rythme assez lent donne l’impression de durer plus longtemps, notamment sur la fin. C’est le principal défaut de « Un illustre inconnu », il semble long alors qu’il ne l’est pas ! Ah non, il a un autre défaut aussi : sa bande annonce n’est pas très efficace et ne donne pas envie. Il faut passer outre, elle ne donne pas vraiment le ton du film et c’est vraiment dommage car souvent, c’est la bande annonce qui pousse vers le film et là, elle pourrait presque rebuter.
Et puis, cerise sur le gâteau, « Un illustre inconnu » a un habillage musical classique très « classe » ! Mendelssohn est interprété plusieurs fois au violon, notamment par un tout jeune acteur (dont je n’ai retrouvé le nom, malheureusement) dont on se demande si c’est lui qui joue ou s’il est doublé. Si c’est lui qui manie l’archer, alors chapeau bas…
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