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Un point c'est (pas) tout

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Critique cinéma : La Fille Inconnue

Publié par Christelle Point sur 16 Octobre 2016, 15:07pm

Jenny, jeune médecin généraliste, décide de ne pas ouvrir la porte de son cabinet un soir, parce que celui-ci est déjà fermé depuis une heure, qu’elle cherche à montrer à son stagiaire qu’il faut se préserver si on veut être un bon médecin et parce qu’elle est en retard à un rendez-vous important. Le lendemain, la police lui apprend que la jeune fille qui a sonné a été retrouvée morte, non loin du cabinet, et qu’elle a été agressée. Dés lors, la mort de cette fille anonyme, enterrée dans le carré des indigents, obsède Jenny. Elle veut absolument, pour le conjurer le fort sentiment de culpabilité qui l’étreint, découvrir qui elle était pour lui offrir une vraie tombe. Pour ce faire, elle mène sa propre petite enquête, avec ses propres moyens, et va finir par se mettre à la fois en danger et en porte à faux avec l’enquête de police.

 

Je ne suis pas une habituée du cinéma des frères Dardenne, je crois même que c’est une première. Je ne peux donc pas comparer « La fille inconnue » avec le reste de leur travail, ni le placer sur une échelle de valeur au regard des autres long métrages du binôme. L’idée même du scénario est à priori intéressante. C’est une façon pertinente d’explorer le sentiment de culpabilité à travers le regard d’un jeune médecin, confronté à la vraie difficulté de son travail et qui, un soir, fait le choix (tout à fait compréhensible dans le contexte) de ne pas répondre à son interphone. Cette décision, c’est le point d’impact entre l’idée qu’on se fait de la médecine (idéaliste, altruiste, désintéressée) et la réalité qui se cache derrière (des êtres humains avec leur ambitions, leur besoin de se protéger eux même, leurs failles). C’est d’ailleurs un aspect que le scénario n’occulte pas, la difficulté du métier de Jenny, qui se fait agresser par un type au cours d’une consultation, qui est appelée au milieu de la nuit, qui dort dans son cabinet faute d’avoir le temps (ou les moyens) de se chercher un appartement. Devant un sacerdoce de ce type, personne n’a envie de lui reprocher de se préserver un petit peu. Mais elle, elle se le reproche franchement et ça la ronge, ça la pousse à changer d’orientation de carrière, ça la pousse à faire cette enquête, à montrer la photo de la fille dans des endroits dangereux, ça la pousse en avant et c’est presque plus fort que ça propre volonté. La culpabilité est au cœur du film et pas seulement dans le cœur de Jenny. Beaucoup de personnages doivent composer avec la culpabilité, le jeune Brian (qui sait quelque chose et qui se tait au point de somatiser), le jeune stagiaire qui culpabilise de ne pas être à la hauteur de l’idée qu’il se fait de la médecine, la sœur de la victime aussi, dans une scène finale très touchante, et le responsable de la mort de la fille, evidemment. Presque tous les personnages de ce film, au premier plan comme au second plan, sont rongés par un sentiment de culpabilité qui les ronge comme de l’acide. L’enquête sur la mort de la jeune inconnue, en tant que telle, est presque anecdotique dans ce contexte, d’autant que la résolution de l’affaire est d’une banalité à pleurer. Ce n’est pas la quête de Jenny qui importe, ce qui importe c’est que c’est la seule façon qu’elle a trouvé pour crever cet abcès qui ne lui laisse aucun répit. Le scénario part donc sur de bonnes bases, et il bénéficie d’un casting très intéressant. Dans le rôle titre, Adèle Haenel s’en sort avec les honneurs. Je n’ai pas toujours été emballée par cette actrice, pourtant devenue une des coqueluches du cinéma français. Je l’ai parfois trouvé une peu trop « brute de pomme » pour les rôles qu’on lui confiait. Mais avec Jenny, elle trouve un rôle qui lui convient. Elle donne corps à un jeune médecin très investit, au point de négliger son aspect (mal habillée, mal coiffée, presque asexuée), bien plus souvent à fleur de peau que son métier ne le suppose, je l’ai trouvé très bien, très juste, et surtout très sobre dans un rôle qui exigeait absolument de l’être. Les seconds rôles sont nombreux, eux aussi tous très bien tenus, même quand ils frôlent l’anecdotique comme avec Olivier Gourmet ou Jérémie Rénier (des habitués des frères Dardenne). En réalité, ce qui dessert « La fille inconnue », ce n’est pas l’idée de départ ou le casting, c’est l’austérité et le manque de rythme qui caractérise sa réalisation. Je sais que les longs plans silencieux, les personnages mutiques, la photographie grisâtre, c’est un style. C’est que ce que j’appelle « Le style festival de Cannes » et ce n’est pas étonnant que le film y ai été présenté cette année. Je n’ai rien contre mais quand on veut faire un film qui lorgne un peu vers le polar, il faut éviter les longueurs, les scènes accessoires, il faut donner un peu de rythme à son histoire qui, franchement, au bout d’un moment, tire en longueur. Déjà que la résolution de la mort de la jeune femme est tristement banale mais si en plus, pour y arriver, on multiplie les scènes redondantes et on fait durer les situations plus que de raison, on prend le risque d’ennuyer et j’avoue, vers la fin, je trouvais le temps un peu long. En fait, le principal problème de « La fille inconnue », c’est que Luc et Jean-Pierre Dardenne ont choisi de ne pas choisir entre faire un vrai polar (et il n’y aurait pas eu de honte à cela !) et faire un film psycho-social sur l’exercice de la médecine et l’exploration de sentiment de culpabilité sous toutes ses formes.  Du coup, leur long métrage navigue entre deux eaux sans jamais choisir son camp, et il perd de son intérêt au fil des minutes qui passent. On ne peut pas dire qu’il se délite à proprement parler, juste qu’il manque de vrai partis pris, il effleure puis passe à autre chose, il nous berce et prends le risque, sinon de nous endormir, tout du moins de nous lasser. Pas de musique, une photographie austère, des longs silences qui durent, des scènes en trop, des scènes un peu redondantes, des acteurs filmés comme au saut du lit, c’est un style qui ne plaira pas à tout le monde et avec lequel, au bout d’un moment (et même en y mettant de la bonne volonté), j’ai un peu de mal. Il y avait moyen de faire quelque chose de plus percutant sur un sujet de cette nature, vouloir faire austère comme si c’était une marque de fabrique, comme si c’était la preuve d’un cinéma sans concession, ça montre parfois ses limites. Au final, au sortir de la salle, on a la désagréable impression d’une coquille vide, d’une coquille portant prometteuse mais qui accouche d’une intrigue impalpable, presque fumeuse. Et on ne peut s’empêcher de soupirer « Tout ça pour çà… Dommage. ».

 

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19564055&cfilm=237405.html

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