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Un point c'est (pas) tout

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Critique cinéma : D'une vie à l'autre

Publié par Christelle Point sur 15 Mai 2014, 16:12pm

Critique cinéma : D'une vie à l'autre

Le film germano-norvégien que je viens de voir cet après-midi, en VOST s’il vous plait (1/3 en allemand, 2/3 en norvégien, d’où l’absolue nécessité de lire les sous-titres !), n’a pas fait l’objet d’une promotion assourdissante, il n’est pas distribué dans tous les cinémas de ce pays, il ne bénéficie pas d’un bouche à oreille élogieux et tout cela est bien dommage car c’est du cinéma comme on aimerait pouvoir en voir plus souvent.

Katrine, la cinquantaine, vit et travaille en Norvège avec sa famille, elle coule une vie heureuse et épanouie. Née d’une mère Norvégienne et d’un soldat de la Wehrmacht à la fin de la guerre, elle a été soustraite à sa mère par les nazis pour être élevée comme une bonne petite aryenne dans un « Lebensborn », des maternités (crèches ? orphelinats ? Le film n’est pas très loquace sur le sujet, malheureusement) prévues pour perpétuer la race aryenne, comme quoi la Mal ne manque pas d’imagination… La guerre terminée, la RDA naissante à hérité de ces « enfants de la honte » qu’elle a parqué dans des orphelinats sordides. Katrine, à la fin des années 60, a réussi à quitter la RDA et a retrouver sa mère en Norvège. Lorsque le mur de Berlin s’effondre en 1989, un avocat entreprend de faire condamner la RDA comme la Norvège pour les mauvais traitements infligés à ces enfants et à leur mère, et il contacte Katrine pour obtenir son témoignage. Alors qu’elle devrait selon toute logique, coopérer, elle se braque et refuse de témoigner. Quel secret cache t’elle ? L’avocat est pugnace, il cherche, il revient à la charge, il creuse, et il trouve…

Il n’est pas très aisé de critiquer « D’une vie à l’autre » sans trop en dire, car les secrets que cache le personnage de Katrine se laissent deviner par petites touches tout au long du film. Si on est un peu attentif, on devine assez vite et assez facilement ce qu’elle peut avoir vécu. Là où c’est un scénario astucieux, c’est qu’on imagine tout d’abord tel secret, puis tel autre et on se rend compte au final que la réalité est encore bien pire ! L’explication finale, dans le dernier ¼ d’heure, met en place clairement toute la trame de son histoire mais on a déjà compris l’essentiel. Cela dit, l’absence de « grande révélation finale » n’est pas un défaut, c’est certes moins spectaculaire, mais c’est plus stimulant pour l’esprit. Le film se permet pas mal de saut dans le temps, un flashforward au début, puis plein de flash back par la suite, et c’est autant d’indices à mettre bout à bout par le spectateur, comme un puzzle. La réalisation est intéressante, les flash back sont filmés « à la 70’s » avec une image très « RDA » (c'est-à-dire horriblement laide) pour bien souligner le contraste avec l’action principale. Il y a de très beaux plans tournés sur les côtes de Norvège, qui m’a l’air d’être pays absolument magnifique, même si le climat ne fait pas très envie : il n’y a pas un brin de soleil et il y a tellement d’humidité dans l’air qu’on a l’impression d’avoir froid ! L’interprétation, Juliane Kohler en tête, est tout en sobriété et si le personnage de sa fille peut apparaitre un peu agaçant, les autres sont excellents et Liv Ullmann dans le rôle de la mère fait passer beaucoup de choses juste avec son regard. La fin du film est cruellement ironique, tout sauf spectaculaire, tout sauf inattendue et pourtant les dernières images sont terribles et donnent une note finale tragique qui reste dans l’esprit au sortir de la salle. Au rayon des petits défauts, on regrettera peut-être de rester un peu sur sa faim concernant les fameux « Lebensborn » et sur le destin des enfants concernés, dont il n’est question que de façon anecdotique au final alors qu’il y a matière à dire, j’imagine. On peut aussi trouver que le film flirte avec le pathos sur la fin, à l’heure des révélations, et que la psychologie l’emporte que les considérations politiques, géopolitiques, diplomatiques et morales du parcours de Katrine, alors que là aussi il y aurait surement beaucoup à dire, ne serais ce qu’à propos du métier de son mari par exemple… Mais ces petites lacunes ne sont pas rédhibitoires et ne doivent pas empêcher « D’une vie à l’autre » d’être vu par tous ceux qui aiment le bon cinéma intelligent et exigeant… La seule condition, c’est de savoir lire (pour les sous-titres) ce qui est à la portée de tout le monde !

Je vais radoter un peu mais qu’importe : quand arrêtera on de traduire n’importe comment les titres de films étrangers ? « D’une vie à l’autre » est un titre navrant qui ne veut rien dire. Le vrai titre de ce film est « Two lives » ce qui signifie « Deux Vies » et qui lui correspond bien mieux…

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19540755&cfilm=209960.html

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